Agenda
des salons
et des festivals
Annuaire
des professionnels
Formations
et rencontres
professionnelles
Publications
des auteurs
et des éditeurs
Service juridique
et comptable
Offres d’emplois
et annonces

Actualité – Éditeurs / Publics éloignés

[Lettres d'ailleurs] Publics empêchés : l’Italie en tête


photo [Lettres d'ailleurs] Publics empêchés : l’Italie en tête

Anticipant la directive européenne sur l’accessibilité qui entrera en vigueur en 2025, les éditeurs italiens, avec la fondation LIA, sont pionniers dans l’adaptation des titres numériques pour les aveugles et malvoyants.

Adoptée en 2019, l’European Accessibility Act, la directive européenne sur l’accessibilité pour les publics empêchés – aveugles, malvoyants, dyslexiques – concernant notamment le livre, entrera en vigueur en 2025. Cette directive impose aux éditeurs européens de fournir des fichiers numériques des nouveautés – e-books ou livres papier – afin de nourrir une plateforme nationale. Les fichiers (qui peuvent comporter des vidéosbet de l’audio) devront être adaptables par divers logiciels pour répondre aux différents handicaps des lecteurs (moteur, physique, sensoriel, mental, cognitif, psychique, troubles « dys », personnes qui ne peuvent pas tourner les pages), permettant ainsi à l’oeuvre d’être convertie en braille, ou avec une voix synthétique, et accompagnée d’une description des images. Si le ministère de la Culture, le Syndicat national de l’édition en France et la Fédération européenne des éditeurs suivent le dossier de près ce sont les éditeurs italiens qui ont le plus avancé sur le sujet.

Dès 2011, l’Association des éditeurs italiens (AIE) a créé la fondation LIA (Fondazione Libri italiani accessibili) afin « de promouvoir l’accessibilité dans le champ éditorial et de donner accès au livre aux personnes déficientes visuelles ou ayant des difficultés avec la lecture », avec pour credo : « reconnaître le droit à la culture et à l’information, à l’étude et au travail, en pleine autonomie ». La fondation a commencé à traiter les titres à partir de 2014, financée par l’AIE et le ministère italien de la Culture (Ministero per i Beni e Attività Culturali). En 2014 l’UICI (Unione italiniana dei Cechi e degli Inpovedenti) est entrée comme membre institutionnel, suivie en 2019 par la Biblioteca italiana per i Ciechi Regina Margherita di Monza (deux institutions travaillant pour les aveugles et les mal-voyants) et par l’AID (Association italiana dislessia) (pour les dyslexiques). « Ce qui fait de nous l’unique exemple à l’international d’une fondation réunissant les principales organisations oeuvrant à garantir l’accès aux publications des personnes empêchées », écrit la fondation LIA sur son site.

La fondation LIA propose une plateforme (libriitalianiaccessibili.it, nourrie en continu par les éditeurs italiens qui déposent les livres numériques qu’ils publient, au rythme des 4 000,à 5 000 nouveautés annuelles. Désormais 28 000 titres y sont disponibles. Son travail consiste à contrôler leur adaptabilité et à les certifier. Parallèlement l’organisme propose consultations et audits aux éditeurs, formations pour leur personnel et pour tous les prestataires du livre, afin que les textes numériques déposés sur la plateforme soient conformes. Elle réfléchit aussi à la formation des illustrateurs.

Soixante-seize éditeurs de la péninsule alimentent désormais la plateforme mais les petites maisons d’édition (la directive n’est pas obligatoire pour les micro-entreprises  de moins de dix personnes réalisant un chiffre d’affaires annuel de moins de deux millions d’euros) ou les maisons spécialisées n’y sont pas forcément présentes.

Le traitement de l’image reste problématique : comment les décrire ? Doit-on imposer des règles de description ? Pour le moment, les bandes dessinées, les livres illustrés pour la jeunesse et les livres d’art sont absents de la plateforme. « Il y a notamment une question de légitimité : qui peut décrire une peinture ou dessin, quels sont les codes de description des images ? Nous devons résoudre ces questions. Je crois beaucoup dans les possibilités de l’intelligence artificielle, qui peut repérer l’importance des adaptations à faire », explique Anne Bergman-Tahon, directrice de la Fédération des éditeurs européens (FEE). Le même problème se pose pour les schémas, graphiques et autres éléments enrichissant un texte scientifique ou un manuel scolaire. Une réflexion que mène la fondation LIA qui a commencé à travailler avec les éditeurs scolaires et universitaires pour une plateforme où les e-books seraient accessibles aux étudiants.

Comme dans tous les autres pays européens, se pose le problème du fonds. S’il est naturel désormais pour un éditeur de proposer à la fois le livre papier et le livre numérique accessibles au moment de la sortie, il n’en est pas de même pour les livres du fonds. « Il arrive qu’à la publication d’un Ken Follett par exemple, son éditeur entreprenne de republier les autres titres de l’auteur au format numérique », souligne Cristina Mussinelli. Les grands groupes européens publient des titres numériques depuis de nombreuses années, et la majorité des maisons d’édition s’y sont mises. Mais encore faut-il que ceux-ci soient au format ePub3 – le plus récent – pour pouvoir être adaptés, donc « nativement accessible ». Ce n’est pas toujours le cas. « La commission a estimé le coût de conversion d’un livre aux anciens formats ePub ou pdf à 400 euros par titre et la communauté européenne représente deux millions d’ouvrages : les éditeurs ne peuvent supporter seuls cet investissement », commente Anne Bergman-Tahon. Une autre difficulté s’ajoute : « InDesign retire une partie de l’accessibilité. Il faut aussi réfléchir à la conversion et à la formation des gens qui font la mise en page. »

La fondation LIA doit aussi s’attaquer à deux chantiers. Le premier concerne les librairies en ligne qui doivent intégrer dans leurs méta-données, la mention de l’accessibilité et donc faire apparaître le label décerné par la fondation. « L’utilisateur doit être sûr d’acheter un livre possédant les fonctionnalités dont il a besoin », précise-t-elle. Sans compter que les moyens de paiement de la librairie en ligne doivent aussi être adaptés à ce nouveau public. Le second chantier est celui du soutien aux bibliothèques afin qu’elles puissent accompagner les lecteurs. Parallèlement Christina Mussinelli rêve à une mise en commun des outils par les différents pays européens, en travaillant notamment avec les associations d’éditeurs de chaque pays. Gageons que l’expérience de la fondation LIA leur servira de référence.

Article rédigé par Claude Combet, dans Pages de Bretagne, n°52, juillet 2022