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Actualité – Éditeurs

[Pages de Bretagne] Stéphane Batigne, le plus nord-américain des éditeurs bretons


Installé à Questembert dans le Morbihan depuis 10 ans, Stéphane Batigne cultive le goût de l’histoire et du patrimoine. Passionné par les échanges, le partage et la transmission, il explore à chaque nouveau livre les multiples dimensions de la notion de lieu.

S’il ne s’était pas tourné vers l’écrit et l’édition, Stéphane Batigne aurait sans doute embrassé la carrière de professeur. Par goût de la transmission et du partage. Mais « recevoir immédiatement la réaction des élèves ne [l]’aurait sans doute pas rendu heureux » tempère ce solide gaillard aux yeux clairs et au parcours atypique.

Informaticien de formation, passé un temps par la radio, il découvre à 28 ans l’infographie, la publication assistée par ordinateur (PAO)… et l’édition. Chargé de mener un projet de fin d’études, il choisit de fabriquer un livre à partir de l’expérience « sensible » d’un ami parti en Terre Adélie comme télégraphiste et dont la mission consiste à transmettre la vie de la base. « Ça a été une révélation, se souvient Stéphane Batigne. J’ai découvert que ce monde de l’édition existait. Moi qui vivais entouré de livres depuis l’enfance, je n’y avais jamais songé auparavant. » Cet élève brillant, qui a toujours eu « trop de facilités mais n’avait jamais su quoi faire réellement », a trouvé sa ligne de mire.

Il lui faudra pourtant quasiment vingt ans, et beaucoup de chemins à arpenter, pour atteindre sa cible. Parti au Québec en 1995, il se lance d’abord comme graphiste-maquettiste avant de tâter du journalisme. En 2000, il entre dans la maison d’édition Québec Amérique en tant que rédacteur. Il y devient successivement rédacteur en chef puis directeur éditorial d’encyclopédies grand public. Parallèlement, il goûte au métier d’écrivain avec un premier guide sur Montréal paru en 2001 chez Autrement. En 2008, il inaugure sa première maison d’édition, Mille et une vies, consacrée à la production de biographies.

De retour en France en 2011, il s’installe en Bretagne et prend un peu de temps pour comprendre à la fois son environnement et la chaîne du livre. « Je manquais notamment de connaissances et d’expérience sur tout le volet diffusion et distribution que je n’avais pratiquement pas abordé au Québec », précise l’éditeur. Il commence donc par reprendre ce qu’il sait faire, les biographies, mais se laisse surtout le droit de tâtonner et de maintenir les « portes ouvertes. Je navigue alors dans l’édition comme le lecteur que je suis : touche à tout, je ne m’interdis aucun genre et je ne me fixe pas de ligne », se souvient Stéphane Batigne.

Le déclic provient de la traduction du livre de Charles Géniaux qu’il entreprend en 2015. Paru initialement dans une revue britannique en 1899, Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, agit comme une seconde révélation. « Je me suis réalisé dans la traduction de ce livre qui m’a apporté une grande satisfaction et un grand sentiment de cohérence », détaille-t-il. La ligne est désormais arrêtée : Stéphane Batigne se concentre sur l’histoire, le patrimoine et la notion de lieu. Plus encore, il se restreint à un territoire géographique délimité, le sud de la Bretagne, un axe qui découle également du choix d’opérer en diffusion et distribution directe. « Je travaille avec une poignée de points de vente donc je privilégie aussi des sujets qui ont trait à ce territoire », analyse l’éditeur.

Conscient que cet ancrage le catalogue parfois comme une maison régionaliste, voire militante bretonne – une étiquette dans laquelle il ne se reconnaît pas –, Stéphane Batigne maintient pourtant le cap. « La notion de lieu, dans toutes ses dimensions, autant toponymiques qu’économiques ou imaginaires, réside au coeur de ma vie. J’ai constamment tourné autour de ce concept, sans doute parce que cela représente pour moi une manière de chercher un ancrage », analyse celui qui a toujours vécu « comme un étranger » dans des endroits à forte identité culturelle, de l’Alsace à la Bretagne en passant par le Brésil, Montpellier ou le Québec.

Loin de l’handicaper, cette situation le « stimule » et alimente son besoin permanent d’apprendre. « J’essaye tous les jours de m’améliorer » revendique celui pour qui « l’erreur représente une étape dans l’apprentissage » et qui n’entretient aucun tabou avec l’échec. « Une attitude très nord-américaine », reconnaît Stéphane Batigne qui trouve aussi dans les rencontres une autre source d’apprentissage. « Chaque sujet, chaque auteur, chaque livre ouvre la porte sur un monde, une histoire, un vécu. C’est passionnant », s’enthousiasme l’éditeur. Peu avare de son temps, il aime en passer avec ses auteurs pour creuser et nouer des échanges nourris jusqu’à en faire des amis et donner à sa maison d’édition un côté « clan, village », un lieu bien à lui.

 

Derniers livres parus
Lépreux et cacous de Bretagne, Louis Rosenzweig
Poterie traditionnelle de Bretagne sud, co-écrit avec Denis Danilo
Les Rues de Lesneven, leur nom, leur histoire, Claude Le Menn

www.stephanebatigne.com

 

Article rédigé par Cécile Charonnat, dans Pages de Bretagne, n°52, juillet 2022