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[Pages de Bretagne] Gaëlle Pingault, le lien comme valeur cardinale


photo [Pages de Bretagne] Gaëlle Pingault, le lien comme valeur cardinale
Gaëlle Pingault – Jean-Claude Moschetti

Quarantenaire aux cheveux de jais et au sourire généreux, voilà plusieurs années que Gaëlle Pingault cultive deux passions : la profession d’orthophoniste, qu’elle a embrassée comme une évidence, et l’écriture, qu’elle pratique depuis ses plus jeunes années.

« On m’interroge souvent sur les relations que peuvent entretenir l’orthophonie et l’écriture, relève Gaëlle Pingault. Mais je pense qu’elles sont surtout nées d’un tronc commun : mon intérêt pour les gens. Écouter, observer les gens. Être attentif à ce qui peut être difficile pour eux, à leur histoire. J’ai ce goût-là. » Reste que les ponts sont nombreux entre la littérature comme mode d’expression, vecteur d’échange, de lien avec les autres, et le métier d’orthophoniste, qui s’attache à tous les troubles de la communication, orale, écrite ou non verbale. « De la naissance à la mort », précise Gaëlle Pingault.

Avant de trouver sa voie, cette Sarthoise d’origine et « Bretonne de coeur », aussi douée pour les matières scientifiques que littéraires, a néanmoins tâtonné, s’inscrivant à Math Sup après le bac par défaut plus que par choix. « Tout m’intéressait, dit-elle. J’aurais pu aussi bien me diriger vers une formation d’infirmière que vers une carrière d’ingénieur. Jusqu’à ce que la copine d’une de mes soeurs, orthophoniste, me parle de son métier. Une révélation. C’était exactement ce que je cherchais. »
Ce qui plait tant à Gaëlle Pingault ? La très grande diversité des publics auxquels l’orthophonie s’adresse, comme des troubles, voire des lourdes pathologies, qu’elle a pour mission de soulager. Qu’il s’agisse de dyslexie, de bégaiement ou de troubles autistiques ou liés aux maladies dégénératives, pour ne citer qu’une toute petite partie du spectre.
« Avec l’orthophonie, on se trouve aux frontières du développement, de la génétique, du neurologique et du psychologique », souligne la praticienne, qui exerce aujourd’hui au sein d’une équipe pluridisciplinaire et pour qui la littérature et la poésie sont aussi des outils thérapeutiques.

Accompagnant sa pratique professionnelle, son goût de l’écriture, qui remonte aux années lycée, ne s’est jamais démenti. C’est d’abord un concours de nouvelles sur un thème imposé, « histoire de nos villages », qu’elle s’ingénie à détourner en fable fantastique. Puis, de nouvelles en nouvelles, elle publie un premier recueil en 2008. Puis un deuxième, puis un troisième en 2012, où se rencontrent sa vocation d’orthophoniste et ses talents de conteuse d’histoires. Avec Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste, Gaëlle Pingault s’inspire de son expérience pour mieux mélanger les parcours, « créer des puzzles », et aboutir à une collection qui, à travers différents archétypes, donne un aperçu des multiples facettes de l’orthophonie. On retrouve également dans la plupart de ses récits un fil conducteur qui fait écho à sa profession, où le traumatisme lié à des évènements de la vie est omniprésent.
Dans ses livres, ce sont aussi des personnages bousculés dans leur quotidien par un accident, un déracinement, un coup de foudre, qu’elle met en scène.

Il y a cinq ans, comme d’autres passent du court au long métrage, Gaëlle Pingault publie son premier roman, : Il n’y a pas internet au paradis, qui traite du harcèlement au travail et des méthodes de management, un sujet inspiré par son entourage. Suit en 2020, Les Coeurs imparfaits, où il est question d’une femme très indépendante qui renoue avec sa mère frappée de sénilité et où les destinées se croisent en un ballet sensible.

L’an dernier, est paru son dernier roman, Attends-moi le monde, où se révèle à nouveau son goût du fantastique avec une héroïne qui remporte une tombola dont le premier prix est une année sans mois de novembre ! Point de départ d’une fiction qui mêle le ludique et le grave, le léger et les troubles profonds. « Quand j’écris une histoire, je n’ai pas de scénario, précise Gaëlle Pingault, qui recherche la justesse et la clarté plus que la prouesse stylistique. Je vis avec les personnages et les laisse décider où ils vont aller. Je me nourris de situations concrètes dans le travail et dans ma vie quotidienne. Je construis du faux à partir du vrai. »

Son prochain ouvrage est déjà en chantier. Rien d’étonnant pour cette auteure qui ne craint rien plus que « s’ennuyer » et vient de se trouver une nouvelle activité : le théâtre d’improvisation. Telle une autre manière d’inventer des situations imaginaires tout en restant ancrée dans notre monde.

 

Article rédigé par Pierre-Henri Allain, dans Pages de Bretagne, n°52, juillet 2022