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Actualité – Bibliothèques / Publics éloignés

Publics allophones : la fabrique du français avec Bulles de français


photo Publics allophones : la fabrique du français avec Bulles de français
La Fabrique du français organisée par Bulles de français aux Champs libres à Rennes (35) – Bulles de français

Jeudi après-midi. Au quatrième étage des Champs libres à Rennes. Autour de quatre tablées attentives, inhabituels bruissements dans ce vaste espace à l’ambiance studieuse et ouatée. En se rapprochant, on saisit des bribes d’un français tâtonnant. D’un groupe à l’autre, prompte à accueillir les nouveaux arrivants, distribuant les consignes, Valérie Tobie fait turbiner la « fabrique du français ».

Tous les jeudis et vendredis, de 14 h 30 à 16 h, vingt à trente personnes sont accueillies dans ces ateliers animés par des bénévoles, encadrés par la professeure de FLE (français langue étrangère). C’est gratuit, sans aucun prérequis en niveau de langue, et on ne vous demande aucun justificatif. « On accepte tout le monde. » Y compris la maman avec son bébé de quatre mois ! Il faut parfois savoir s’improviser en crèche, pour n’exclure personne. Ils et elles s’appellent Olga, Abdullah, Victor, Zenep, hommes et femmes de tous âges. De toutes nationalités. Réfugiés, demandeurs d’asile, sans papiers, ou jeunes filles au pair. Quelques fidèles reviennent mais il faut savoir gérer un incessant renouvellement.

Deux garçons déboulent. « Vous parlez Dari, tous les deux ? Non toi ? Dari et toi ? Pachtoun. » Les jeunes Afghans sont de suite pris en main. Valérie organise son monde, répartit tables et formateurs, réagit au quart de tour : « Marie-Paule tu vas travailler en binôme aujourd’hui. » Bénévole, Marie-Paule reconnaît la difficulté de coller à chaque fois à un public différent : « J’avais prévu certains exercices pour aujourd’hui, mais ce n’était pas adapté à leurs capacités et besoins. »

Être accessible, le maitre mot. Ceux que l’on appelle « mineurs non accompagnés » connaissent l’adresse, car orientés par leur structure d’accompagnement. Récemment arrivées, des femmes ukrainiennes viennent se familiariser avec les rudiments du français, « mais bientôt nous allons les réorienter car des centres ont ouvert spécifiquement pour eux sur Rennes ».

Ceux qui arrivent sont intégrés aux ateliers qui vont se mettre en place, toutes les trente minutes. Une durée convenue également pour que les bénévoles restent en éveil. « Et on voit toutes ces personnes très diverses faire corps, faire équipe », affirme Valérie Tobie, qui l’assure : « Cela permet de mixer une population qui d’habitude ne se rencontre pas. »

La marque de fabrique de Bulles de français : l’intervention in situ, dans les lieux de culture. Elle intervient aux Champs Libres depuis janvier 2022, dans le cadre d’une convention de deux ans. Une quinzaine de bénévoles sont embarqués dans le projet. Formés spécifiquement pour la fabrique, lors de sessions proposées à plusieurs reprises au cours de l’année.Aujourd’hui un atelier « blabla » est proposé : « L’objectif est de prendre des situations de communication et de les faire parler pour qu’ils puissent quand ils repartent avoir quelques expressions. Notre objectif est modeste et pratique. »

Des ateliers que l’on retrouve ici ou là, sous d’autres noms, Parlottes, Cafés bavards, avec un souci commun, comme le rappelle Marie Vautier, coordinatrice des ateliers de langue  à la Bpi (Centre Pompidou) : « des rendez-vous réguliers, de discussion dans une langue étrangère, en convivialité, dans une grande mixité, sans équivalent gratuit ailleurs qu’en bibliothèque ! » Évoluant parfois en ateliers d’écriture ou de théâtre, ils rencontrent un grand succès auprès des usagers, mais aussi des bibliothécaires animateurs, qui bénéficient de formation.
Pour prolonger ces interventions, Bulles de français propose l’été, en juillet, à un moment où l’offre d’activités se met en pause, un atelier podcast, pendant deux semaines, de sorte « que la bibliothèque devienne pour eux comme le café du coin ». La fabrique du français comme porte d’entrée dans la langue, en même temps que dans une bibliothèque qui devient ainsi lieu familier.

 

Article rédigé par Raymond Paulet, issu du dossier "Quand les mots manquent" dans Pages de Bretagne, n°52, juillet 2022