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Actualité – Bibliothèques / Publics éloignés

Accueillir les publics éloignés à la médiathèque L'Hirondelle à Broons (22) : « On sait pourquoi on est là. »


photo Accueillir les publics éloignés à la médiathèque L'Hirondelle à Broons (22) : « On sait pourquoi on est là. »
Sylvie Béreau et Delphine Dutrieux à la médiathèque de Broons (22) – Raymond Paulet

À Broons, commune de trois mille habitants située dans le département des Côtes-d’Armor, la bibliothèque L’Hirondelle a fait son nid près de l’église. Après avoir pratiqué le métier de libraire, Sylvie Béreau y officie depuis 2013 avec deux collègues.

Dès l’entrée, le meuble Facile à lire nous invite à faire le tour de ses quatre faces modulables. Du mobilier conçu sur mesure, en 2018, par une entreprise locale, la Volumerie, qui a installé son « fablab » à Broons. Pas un meuble de déco, les stars ce sont les livres. Bien en vue, parmi les quelque deux-cents références d’un fonds qui s’enrichit en permanence, on trouve par exemple le récit de Philippe Torreton, Mémé.
« Le principe du Facile à lire, rappelle Sylvie Béreau, ce sont des ouvrages simples mais pas simplistes. Et puis des sujets proches des préoccupations des gens, et qui vont les toucher. » Nul doute que l’hommage tendre rendu par l’acteur à sa grand-mère, femme de la campagne, trouve le coeur et la compréhension des lecteurs. Le fonds s’enrichit en permanence, via notamment les comités de sélection avec la bibliothèque départementale des Côtes-d’Armor.

Principe de base : les ouvrages du Facile à lire sont présentés face couverture. « Cela attire davantage, et il est plus facile de lire les titres. » Maman d’une adolescente affectée de troubles dyslexiques et dyspraxiques, dus à une maladie orpheline, Delphine Dutrieux raconte : « Ma fille avait tendance à s’éloigner de la lecture parce qu’elle n’arrivait pas à aller au bout d’une histoire, c’était décourageant pour elle. Le Facile à lire lui a fait découvrir que c’est agréable d’aller au bout d’un roman et qu’elle pouvait y arriver. Même si elle aura toujours des difficultés, elle a trouvé du plaisir à lire, là où c’était une souffrance pour elle. » Jusqu’à entreprendre l’intégralité des Harry Potter. La maman de Kassiopée est catégorique. Le développement de cette démarche à la médiathèque de Broons, portée par le prix Facile à lire, a été déterminant : « La médiathèque a été complètement partie prenante pour l’aider, avec beaucoup de bienveillance. Par cette implication, je me suis sentie soutenue. C’est vraiment une victoire pour elle, pour nous et pour la bibliothèque."

Plus globalement comment la médiathèque prend-elle en compte les publics dits éloignés ?

« L’idée c’est de se rapprocher », glisse Sylvie Béreau. Dans ou hors les murs. Une politique de petits pas, au plus proche des gens « qui nous apprennent l’humilité ». À Broons, ce peut-être les personnes qui sont en EPHAD, dans lesquels la bibliothèque intervient, ou le CLPS de Taden près de Dinan, avec lequel un partenariat noue un travail notamment autour du prix Facile à lire. « Ce prix est vraiment l’occasion d’aller vers ces structures avec un outil adapté. Nous sommes intervenus en 2019 et 2020, en présentant la sélection du prix, en organisant des ateliers d’écriture. »

Cette prise en compte des publics éloignés n’aurait de sens si elle ne s’intégrait pas dans un ensemble cohérent. La signalétique a notamment été revue en faisant appel à Livre
et lecture en Bretagne. Des rencontres sont organisées avec des auteurs. Et Sylvie Béreau s’illumine quand elle évoque la venue de l’auteur de Les Pantoufles, Luc-Michel Fouassier, « qui avait découvert sur Facebook une vidéo où je parlais de son livre et qui nous a proposé de venir ».

Bibliothèque intercommunale, L’Hirondelle rayonne sur Dinan Agglomération, en réseau avec les vingt-neuf autres bibliothèques du territoire. L’inscription est désormais gratuite pour tous sans conditions de ressources, ni d’âge. « Certes le tarif était bas, huit euros, mais le fait que ce soit gratuit, il y a moins d’appréhension. » Pour Delphine Dutrieux, « cela a un réel intérêt parce que les gens qui ne lisent qu’un ouvrage par an ne l’auraient pas forcément fait. Cela rend accessible. »

Lors de premières venues, le fonds Facile à lire est présenté. Des personnes qui viennent uniquement pour les enfants et qui n’ont plus l’habitude de lire, peuvent surmonter leurs réticences : « Tout le monde peut aller piquer dans le fonds Facile à lire, ce qui fait disparaître la stigmatisation. » soulignent-elles de concert. « On sait pourquoi on est là. Rendre accessible à tous, ce n’est pas handicapant pour les autres. C’est un plus pour tout le monde. »

 

Article rédigé par Raymond Paulet, issu du dossier "Quand les mots manquent" dans Pages de Bretagne, n°52, juillet 2022